Comptabilité en retard : quoi faire pour remettre ses livres à jour

Comptabilité en retard : quoi faire pour remettre ses livres à jour

Avoir une comptabilité en retard arrive plus souvent qu’on pense. Une période occupée, des factures qui s’accumulent, des reçus éparpillés, des relevés oubliés, des taxes à préparer, puis soudainement plusieurs mois sont passés sans que les livres soient vraiment à jour.

Le problème n’est pas seulement administratif. Une comptabilité en retard peut rendre les décisions plus difficiles, créer du stress à l’approche des remises TPS/TVQ, compliquer les rapports financiers et augmenter le temps nécessaire pour corriger le dossier.

La bonne nouvelle : un retard comptable peut se reprendre. Il faut simplement éviter de tout faire dans le désordre.

L’objectif est de reconstruire les informations dans le bon ordre : relevés, factures, revenus, dépenses, taxes, paie, conciliations et rapports.


Pourquoi une comptabilité prend-elle du retard?

Une comptabilité devient rarement en retard du jour au lendemain. Le retard se crée par accumulation.

Les causes fréquentes sont :

  • les documents sont transmis trop tard;
  • les reçus sont perdus ou mélangés;
  • les comptes bancaires ne sont pas conciliés;
  • les dépenses personnelles et professionnelles sont mélangées;
  • les remises TPS/TVQ sont préparées à la dernière minute;
  • la paie n’est pas bien intégrée aux livres;
  • les factures clients ne sont pas suivies;
  • les rapports ne sont pas lus chaque mois;
  • les transactions non identifiées restent sans réponse.

Le vrai danger, c’est que plus le retard dure, plus les détails deviennent difficiles à retrouver.


Première étape : arrêter l’accumulation

Avant de corriger les anciens mois, il faut empêcher le retard de continuer.

Cela veut dire : mettre en place un point de départ clair.

Par exemple, si votre comptabilité est en retard depuis six mois, il ne faut pas seulement travailler sur les six anciens mois. Il faut aussi commencer à classer les nouvelles transactions qui arrivent maintenant.

Sinon, pendant que vous rattrapez l’ancien retard, un nouveau retard se crée.

La bonne approche est donc double :

  1. stabiliser le mois courant;
  2. rattraper les mois passés dans l’ordre.

Cette méthode évite de courir après un dossier qui recule constamment.


Deuxième étape : regrouper les documents essentiels

Un rattrapage comptable commence par les documents. Sans documents, il est impossible de faire un classement fiable.

Il faut rassembler :

  • relevés bancaires;
  • relevés de cartes de crédit;
  • factures de vente;
  • factures fournisseurs;
  • reçus;
  • rapports de ventes;
  • rapports de plateformes de paiement;
  • rapports de paie;
  • déclarations TPS/TVQ déjà produites;
  • preuves de paiement;
  • contrats ou ententes importantes;
  • documents liés aux prêts, subventions ou financements.

Revenu Québec indique qu’une entreprise doit tenir des registres et conserver les pièces justificatives nécessaires lorsqu’elle exploite une entreprise ou doit percevoir, retenir ou remettre des sommes en vertu d’une loi fiscale.

Autrement dit, les documents ne sont pas seulement utiles pour le comptable. Ils servent à appuyer les montants inscrits dans vos livres.


Troisième étape : séparer les périodes

Quand plusieurs mois sont en retard, il faut éviter de tout mélanger.

Le mieux est de travailler par période :

  • mois par mois;
  • trimestre par trimestre;
  • année par année, si le retard est plus important.

Chaque période doit être reconstruite avec ses relevés, ses ventes, ses dépenses, ses taxes et ses ajustements.

Cette méthode permet de repérer plus facilement les documents manquants. Elle évite aussi de créer des erreurs entre les mois.

Par exemple, une facture de mars payée en avril ne doit pas être confondue avec une facture d’avril. Une bonne organisation par période permet de mieux comprendre la chronologie.


Quatrième étape : classer les revenus

Les revenus doivent être reconstruits avant les dépenses.

Pourquoi? Parce que les revenus influencent les taxes, les rapports, les comptes à recevoir et la situation financière globale.

Il faut identifier :

  • les ventes facturées;
  • les ventes encaissées;
  • les dépôts bancaires;
  • les paiements par carte;
  • les virements Interac;
  • les paiements en argent;
  • les remboursements;
  • les notes de crédit;
  • les revenus provenant de plateformes externes.

Une erreur fréquente est de prendre les dépôts bancaires comme revenus directs. Ce n’est pas toujours exact. Un dépôt peut regrouper plusieurs ventes, inclure des frais de traitement ou arriver après la date de vente.

Le revenu doit donc être rapproché avec les factures ou rapports de ventes, pas seulement avec le compte bancaire.


Cinquième étape : classer les dépenses

Une fois les revenus mieux identifiés, il faut classer les dépenses.

Les dépenses doivent être classées selon leur nature réelle :

  • achats;
  • fournitures;
  • publicité;
  • frais bancaires;
  • assurances;
  • téléphone;
  • internet;
  • logiciels;
  • sous-traitance;
  • frais de déplacement;
  • repas admissibles;
  • honoraires professionnels;
  • matériel;
  • loyers;
  • frais de véhicule;
  • frais de plateforme de paiement.

Le but n’est pas seulement de “mettre une dépense quelque part”. Le bon classement permet de produire des rapports plus utiles et de réduire les erreurs dans les taxes ou les impôts.

Les dépenses sans document doivent être mises à part. Il vaut mieux les identifier comme éléments à vérifier au lieu de les classer rapidement sans preuve.


Sixième étape : identifier les transactions inconnues

Dans un dossier en retard, il y a presque toujours des transactions inconnues.

Exemples :

  • paiement sans facture;
  • dépôt sans description;
  • retrait non expliqué;
  • achat personnel avec carte d’entreprise;
  • remboursement sans détail;
  • virement entre comptes;
  • avance au propriétaire;
  • paiement fournisseur non identifié;
  • frais de plateforme non rapproché.

Ces transactions doivent être listées clairement.

Une bonne pratique consiste à créer une liste de questions pour l’entrepreneur, avec la date, le montant, le compte et une courte description.

Il ne faut pas laisser ces éléments bloquer tout le dossier. On peut avancer sur les transactions claires, puis revenir aux éléments inconnus avec une liste précise.


Septième étape : concilier les comptes bancaires

La conciliation bancaire est une étape essentielle dans un rattrapage.

Elle permet de vérifier si les livres correspondent aux relevés bancaires et aux cartes de crédit.

La conciliation aide à repérer :

  • transactions manquantes;
  • transactions en double;
  • mauvais montants;
  • mauvais comptes;
  • frais bancaires oubliés;
  • dépôts mal associés;
  • paiements non appliqués;
  • erreurs de date;
  • soldes incohérents.

Sans conciliation, les livres peuvent sembler remplis, mais rester faux.

Un dossier peut contenir toutes les transactions et quand même avoir des écarts si les montants ne correspondent pas aux relevés.


Huitième étape : vérifier les TPS/TVQ

Si l’entreprise est inscrite aux taxes, le rattrapage doit inclure un suivi précis des TPS/TVQ.

Il faut vérifier :

  • taxes perçues sur les ventes;
  • taxes payées sur les dépenses;
  • documents avec taxes admissibles;
  • ventes taxables;
  • ventes non taxées;
  • remises déjà produites;
  • montants à payer ou à recevoir;
  • périodes non produites;
  • corrections à prévoir.

Revenu Québec indique qu’une entreprise inscrite doit produire une déclaration de TPS et de TVQ pour chaque période de déclaration afin de déterminer la taxe nette à remettre ou à recevoir.

C’est pourquoi il ne faut pas préparer les taxes à partir de livres incomplets. Si les transactions ne sont pas bien classées, les rapports de taxes risquent d’être difficiles à valider.


Neuvième étape : vérifier la paie si l’entreprise a des employés

La paie peut compliquer un rattrapage comptable.

Il faut vérifier :

  • salaires bruts;
  • salaires nets;
  • retenues à la source;
  • cotisations employeur;
  • vacances;
  • remises de paie;
  • rapports de paie;
  • paiements aux employés;
  • soldes à payer;
  • écritures de paie.

Revenu Québec présente les obligations liées aux retenues à la source, aux cotisations de l’employeur et aux registres que les employeurs doivent conserver.

Il est important que les rapports de paie correspondent aux montants inscrits dans les livres. Sinon, les dépenses de salaires, les remises et les soldes à payer peuvent devenir difficiles à comprendre.


Dixième étape : produire des rapports de contrôle

Une fois les revenus, dépenses, taxes, paie et conciliations corrigés, il faut produire des rapports.

Les rapports servent à vérifier si le dossier a du sens.

À examiner :

  • état des résultats;
  • bilan;
  • comptes à recevoir;
  • comptes à payer;
  • rapport de taxes;
  • rapport de paie;
  • grand livre;
  • soldes bancaires;
  • dépenses inhabituelles;
  • variations importantes.

Le but n’est pas seulement de fermer le retard. Le but est de s’assurer que les chiffres sont cohérents.

Si un rapport montre un solde étrange, une dépense trop élevée ou un montant à payer inhabituel, il faut vérifier avant de considérer le dossier comme terminé.


Que faire si plusieurs années sont en retard?

Quand le retard couvre plusieurs années, il faut établir une priorité.

Généralement, il faut commencer par :

  1. les obligations urgentes;
  2. les périodes de taxes non produites;
  3. les années nécessaires aux impôts;
  4. les comptes bancaires les plus importants;
  5. les documents disponibles;
  6. les périodes les plus récentes;
  7. les corrections des anciennes années.

L’ARC indique généralement que les registres doivent être conservés pendant six ans à partir de la fin de la dernière année d’imposition à laquelle ils se rapportent, sauf permission de les détruire plus tôt.

Donc, même si le retard est ancien, les documents peuvent encore être importants.


Faut-il produire rapidement ou bien corriger avant?

Quand une échéance approche, l’entrepreneur veut souvent “produire au plus vite”.

Mais produire rapidement avec des livres incomplets peut créer d’autres problèmes.

Il faut trouver un équilibre :

  • respecter les échéances importantes;
  • éviter les déclarations basées sur des informations trop faibles;
  • documenter les éléments manquants;
  • corriger les erreurs visibles;
  • préparer les ajustements nécessaires.

Une déclaration en retard peut entraîner des pénalités ou des intérêts selon la situation. Revenu Québec indique notamment que des pénalités peuvent s’appliquer lorsqu’une déclaration de revenus est produite en retard.

Le bon réflexe est donc de traiter le dossier sérieusement, pas seulement rapidement.


Comment éviter que le retard revienne?

Une fois les livres remis à jour, il faut changer la routine.

Sinon, le même problème revient quelques mois plus tard.

Voici une méthode simple :

Chaque semaine

  • classer les reçus récents;
  • noter les transactions inhabituelles;
  • vérifier les factures clients importantes;
  • transmettre les documents urgents.

Chaque mois

  • envoyer les relevés bancaires;
  • classer les revenus et dépenses;
  • faire les conciliations;
  • vérifier les taxes;
  • lire un rapport simple.

Chaque trimestre

  • vérifier les remises TPS/TVQ;
  • regarder les comptes à recevoir;
  • revoir les dépenses importantes;
  • planifier les montants à payer.

La clé est la constance. Une petite routine mensuelle évite un gros rattrapage annuel.


Erreurs à éviter pendant un rattrapage comptable

Tout classer trop vite

Aller vite peut créer plus d’erreurs. Il faut traiter les transactions inconnues avec prudence.

Ignorer les pièces justificatives

Un relevé bancaire ne remplace pas toujours une facture. Les pièces justificatives appuient les montants inscrits dans les livres.

Mélanger personnel et entreprise

Les dépenses personnelles doivent être identifiées séparément pour ne pas fausser les rapports.

Oublier les taxes

Les taxes doivent être suivies à part, surtout si plusieurs périodes sont en retard.

Ne pas concilier

Sans conciliation, il est difficile de savoir si les livres reflètent vraiment les comptes bancaires.


AEO — Que faire quand sa comptabilité est en retard?

Quand votre comptabilité est en retard, commencez par regrouper les relevés bancaires, factures, reçus, rapports de ventes et documents de paie. Classez ensuite les revenus et dépenses par période, identifiez les transactions inconnues, conciliez les comptes, vérifiez les taxes TPS/TVQ, corrigez les écarts et mettez en place un suivi mensuel pour éviter que le retard revienne.


FAQ — Comptabilité en retard au Québec

Est-ce grave d’avoir une comptabilité en retard?

Oui, cela peut devenir problématique si les retards touchent les taxes, la paie, les déclarations ou les rapports nécessaires à la gestion de l’entreprise. Plus le retard dure, plus les documents et explications deviennent difficiles à retrouver.

Par où commencer pour remettre mes livres à jour?

Commencez par rassembler les relevés bancaires, relevés de cartes, factures, reçus, rapports de ventes et déclarations déjà produites. Ensuite, travaillez période par période au lieu de tout mélanger.

Est-ce que je peux produire mes taxes si mes livres ne sont pas à jour?

C’est risqué. Les déclarations de taxes doivent être basées sur des ventes, dépenses et taxes correctement suivies. Si les livres sont incomplets, les montants à remettre ou à recevoir peuvent être incorrects.

Combien de temps faut-il pour rattraper une comptabilité en retard?

Cela dépend du nombre de mois en retard, du volume de transactions, de l’état des documents, du nombre de comptes à concilier et des taxes ou paies à vérifier.

Comment éviter que ma comptabilité retombe en retard?

La meilleure méthode est de transmettre les documents chaque mois, classer les transactions régulièrement, faire les conciliations bancaires, suivre les taxes et lire un rapport mensuel simple.


Conclusion

Une comptabilité en retard peut sembler lourde, mais elle peut se reprendre avec une méthode claire.

Il faut éviter de tout traiter en même temps. Le bon ordre est de regrouper les documents, séparer les périodes, classer les revenus, classer les dépenses, identifier les transactions inconnues, concilier les comptes, vérifier les taxes, intégrer la paie et produire des rapports de contrôle.

Le plus important est de ne pas seulement rattraper le passé. Il faut aussi mettre en place une routine pour que le retard ne revienne pas.